Si les arènes de Fourvières sont un incontournable du tourisme à Lyon, nombreux sont les visiteurs à s’interroger sur ces étranges fenêtres qui émergent de la butte adjacente. Blockhaus invisible, niché dans le coeur même du relief, le Musée Gallo Romain de Lyon est un chef d’oeuvre méconnu car volontairement dissimulé. Sous terre se cache en effet un vaste complexe de 8000m2, véritable écrin de béton dédié à l’exposition et la conservation des précieux vestiges de la civilisation gallo-romaine, références et témoins de celle qui fut la “capitale des Gaules”. Bernard Zehrfuss l’avoue sans modestie, lorsque le Musée est inaugé le 15 novembre 1975 : c’est son chef d’oeuvre. Tant mieux, peut-être, car il s’agira de sa dernière grande commande publique. C’est que Zehrfuss (1911–1996), grand prix de Rome 1939 et survivant de l’architecture moderne dans la France de l’après-guerre, incarne à lui seul toute une époque et ce musée est, en effet, une synthèse de son oeuvre et de l’histoire de l’architecture du XXe siècle.

Le Musée Gallo Romain est ansi bâti sur deux éléments : une paroi de béton titanesque (20m de hauteur, 60cm d’épaisseur et des tirants maintenus en tension permanente afin de prévenir le glissement de la coline) et un principe ; le respect. Respect du paysage et d’un site antique, plusieurs fois classé Monument Historique (et, aujourd’hui, à l’UNESCO) et dont la principale manifestation est l’enfouissement de la structure sous un talus végétalisé. D’où vient, chez Zehrfuss, un tel soucis d’abscondre son oeuvre au paysage antique, à une époque où l’architecture (la sienne, aussi) est volontairement iconoclaste ? Peut-être de son expérience tunisienne, comme architecte de la reconstruction, où il su s’inspirer des formes de l’architecture vernaculaire et suivre les principes de conservation du patrimoine appliqués par Lyautay au Maroc. Peut-être, encore, de son admiration pour Viollet le Duc et la rationnalisme de l’architecture gothique, à laquelle il emprunte les arcs-boutans pour soutenir la structure colossale du Musée.

Ami des pouvoirs publics et la Culture, en la personne d’André Malraux, Zehrfuss s’entoure – judicieusement, dans une époque où l’architecture en tant qu’art est de plus en plus douteuse – d’une équipe d’ingénieurs talentueux : Pierre Luigi Nervi, Jean Prouvé et, pour la réalisation du MGR, du bureau d’étude Dumoulin. Celui-ci lui apporte les outils techniques et l’expertise du béton qui rendront possible la construction de cette impressionnante structure souterraine. En effet, l’irrégularité des portiques et des arcs-boutans écarte la possibilité d’une préfabrication en usine. Tous les éléments seront donc coulés sur place ; pour Zehrfuss, la finition du béton doit être parfaite car aucun revêtement, aucune décoration ne viendra le couvrir (en accord avec l’esthétique fonctionnaliste moderne). Cette obsession de la structure sera peut-être la seule erreur de l’architecte et ce qui lui coûte aujourd’hui son manque de reconnaissance (le MGR échappe encore au label “Patrimoine du XXe siècle) : fasciné par la voûte et les défis d’ingénierie, Zehrfuss néglige ses extérieurs et la “cinquième façade” (la couverture). La terrasse et les murs supérieurs, uniquement visibles depuis la rue Cleberg, sont d’une monotonie déprimante. Quant au manteau végétal qui couvre la structure et les quelques carrés de verdure qui agrémentent le bâtiment, ils semblent tout simplement n’avoir pas été pensés pour leurs fonctions écologiques et paysagères. Il en reste un espace intérieur exceptionnel, une prouesse architecturale et l’œuvre-testament d’un personnage ayant marqué son siècle.

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