Le centre d’échange de Perrache, entre héritage et devenir

Le centre d’échange de Perrache est un ensemble bâti construit entre 1972 et 1976, dans un contexte de profondes mutations urbaines ayant pour principal objectif l’adaptation de la ville aux flux automobiles. Il s’inscrit pleinement dans le mouvement mégastructuraliste et dans la lignée de quartiers emblématiques de l’architecture sur dalle comme La Défense à Paris, la Part-Dieu de Lyon ou Mériadeck à Bordeaux. Il constitue un bloc de 250 mètres de long par 60 de large et culmine à 37m de hauteur, soit à peine plus haut que la moyenne du quartier. Il permet notamment la connexion entre l’autoroute A6 et A7 et la correspondance avec le métro, le tramway, le bus, le train, le vélo (stations VéloV), la voiture (via un parking relais) et l’aire piétonne de la rue Victor Hugo. Son architecte, René Gagès, décédé en 2008 à Lyon, l’a voulu comme équipement multimodal, bien avant que cette expression devienne à la mode chez les urbanistes.

Objet de toutes les passions, de sa construction à aujourd’hui, la démolition de « Perrache » a été maintes fois à l’ordre du jour. Qualifié tour à tour de « verrue », de « monstruosité », de « blockhaus », « connerie du siècle »… par ses contemporains, on peut dire cependant – dans un soucis d’objectivité – que la haine du centre d’échange est davantage une haine de l’autoroute et de l’environnement urbain qu’elle a généré : coupures spatiales, pollution sonore et aérienne, bouchons interminables,… Perrache, sans l’autoroute, serait d’abord perçu pour sa fonction première : celle de mettre en connexion un nombre impressionnant de modes de déplacement ; fonction que l’histoire n’a cessé de développer avec le renforcement des lignes de bus, l’arrivée du tramway ou encore du vélo. Et si le fantasme d’une grande tabula rasa semble maintenant écarté au profit d’une adaptation de l’existant, comme en témoigne le récente projet « ouvrons Perrache», on peut parier que le désamour pour Perrache ne cessera pas demain, et ce malgré le déclassement annoncé de l’autoroute A6/A7.

Les jardins suspendus de Perrache

Revaloriser les toits de Perrache, c’est pourtant la mission confiée en 2011 à l’association Les jardins suspendus de Perrache. Lors de la construction du centre d’échange, deux « places » furent en effet amménagées de part et d’autre de l’édifice central, soit sur les toit-terrasses des parkings relais (côté Rhône et côté Saône), par les paysagistes Arianne et Bernard Vuernesson. 12000 mètres carrés, agrémentés de carrés plantés d’une profondeur maximale d’un 1m40, dans un style sobre et maîtrisé. Un mélange spécial de terre végétale allégée est utilisé (4000m3) pour ne pas faire peser trop de poids sur la dalle. Le principe structurel de celle-ci est en tous points similaire à la dalle de La Défense, à Paris : sur une sous-dalle de béton (qui gère l’écoulement des eaux), de petits pilotis sont fichés qui supportent les angles des plaques de béton désactivé. Cette méthode laisse ainsi un volume d’environ 1m de hauteur, plus ou moins selon les endroits, qui peut-être rempli avec de la terre. N’importe quelles espèces ne peuvent donc être plantées (l’enracinement étant limité) et la croissance des arbres est contrôlée. L’association gère uniquement le côté Est (Rhône), l’autre étant partagé entre les Espaces Verts de la ville de Lyon, la MJC Perrache et d’autres associations à vocation sociale ou éducative.

Au début des années 2000, les jardins de Perrache sont à l’abandon : la fermeture de l’ELAC (Espace Lyonnais d’Art Contemporain), situé au même niveau, et le manque de notoriété des terrasses en font un lieu de squat mal famé. Les bassins d’eau ne fonctionnent plus, les parements décoratifs se décollent et le jardin s’enfriche. Germe alors l’idée d’un jardin partagé, sous la supervision du personnel municipal, pour faire « revivre » le lieu. Les associations s’installent à partir de 2010 et se réapproprient progressivement le lieu : l’espace se partage entre parcelles collectives et parcelles individuelles, gérées seul, en couple ou entre amis. On y fait pousser des choux, des poireaux perpétuels, de l’oseille, de la mâche, des tournesols, du ricin, des hypomées, de la lavande, du romarin, de la sauge, de l’herbe à chat, du bleu de Solaize, de l’oseille de Belleville, du fenouil ou du céleri. De plus vieux arbustes, de l’époque d’origine, y poussent encore : rosiers, ifs, tuyas… L’ambiance y est conviviable et l’air… étonnament pur. C’est que les jardins sont protégés, côté route, par des barrières vitrées et surplombent par ailleurs l’autoroute de plus de 20m ; bien assez pour que les couloirs d’air que sont la Saône et le Rhône en dispersent les gazs d’échappement. Les embouteillages légendaires du tunnel de Fourvière semblent alors bien loins.

Sources :

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